HISTOIRE

De la terre à seigle à la terre des vignes.
Pays du milieu, le Médoc ou Pagus Medulorum fut longtemps une terre sans vignes. Isolé, pris entre deux vastes mers, le Médoc était une terre plutôt sauvage habitée par les Medulli, tribu autochtone vivant à la mode gauloise. Au début de l’époque gallo-romaine, arrivèrent les Bituriges Vivisques, Celtes venus de la région de Bourges. Ils fondèrent Burdigala (Bordeaux) qui devint la capitale de la Gaule Aquitaine. Avant le Moyen Âge, on ne peut pas véritablement parler de culture de la vigne en Médoc.

La modernisation des exploitations, les progrès de l’œnologie et surtout le travail et la passion des hommes permirent une fabuleuse expansion des surfaces viticoles
Dans l’Antiquité, les quelques îlots de vignes étaient concentrés autour de Bordeaux et le territoire médocain était surtout connu pour ses forêts, ses prairies marécageuses et ses terres à seigle. On y pratiquait la chasse, la pêche et on y buvait aussi beaucoup de cervoise.
Au début du Moyen Âge, les communautés religieuses et les grands seigneurs firent naître les premières organisations viticoles. Ces grands ordres plantèrent alors quelques vignes autour des prieurés (Macau, Cantenac, Vertheuil, l’abbaye de l’Isle) et des seigneuries (Castelnau, Lesparre, Latour et Blanquefort). Ce modeste microvignoble médiéval produisait des vins nouveaux dits « clarets » très appréciés par les Anglais.
Malgré ces quelques vignobles disséminés dans tout le Médoc, le pôle principal de l’activité viticole était compris et limité au sud du Médoc, principalement dans les terres des palus mais aussi dans les terres de graves.

Noblesse de sang, noblesse de robe, noble vignoble
Progressivement, le Médoc accueillit les pèlerins d’Europe du Nord qui repartaient avec le goût des vins médocains et leur gourde pleine de bon vin « franc et loyal ». Commencèrent alors le premier tourisme viticole et les débuts de la carrière des vins du Médoc.
La guerre de Cent Ans, comprise entre 1337 et 1453, resserra les liens unissant l’Aquitaine et l’Angleterre depuis déjà quelques siècles. Les nobles médocains, fidèles le plus souvent au parti anglo-gascon, échouèrent face au roi de France et payèrent très cher leur alliance à la fin de la guerre. Pour les parlementaires bordelais, issus en grande majorité de la bourgeoisie, l’occasion était rêvée de s’enrichir considérablement en achetant, grâce aux profits tirés de l’exercice de leurs charges, les terres et les vignobles des seigneurs. Rapidement, les parlementaires entrèrent en possession du vignoble médocain et usèrent de leur droit de bourgeoisie pour vendre leurs vins en premier. Au cours du xvie siècle, ces notables créèrent, d’abord en Médoc méridional, des propriétés consacrées à la polyculture et à l’élevage, les « bourdieux ». Dès le début du xviie siècle, ces domaines s’étendirent lentement vers les croupes de graves qui émergèrent des terres marécageuses asséchées par les ingénieurs hollandais. Les anciennes seigneuries devinrent d’immenses propriétés aux mains des parlementaires puissants et anoblis. Ce fut l’ère de la noblesse de robe bordelaise. Une époque dorée qui s’acheva avec Mazarin et l’abandon des privilèges fiscaux du Parlement au profit de l’Intendance.

Naissance du concept de qualité
Le développement viticole se poursuivit tout au long du xviie siècle. Toutefois, le renversement d’alliance qui opposait Louis XIV au pouvoir anglais plongea la France dans une guerre de quarante ans, ralentissant nettement ses échanges commerciaux avec l’Europe du Nord. Ne pouvant plus être exportés, les vins, qui se conservaient mal, se perdirent ou furent vendus à vil prix en tavernes. Replié sur lui-même, le Médoc eut le temps de s’intéresser à la culture de la vigne et choisit de créer de nouveaux vins. Ce fut alors le début d’une organisation tournée vers la qualité. Le début des grands vins médocains.
En Médoc, les viticulteurs cherchèrent à affiner leur connaissance des terroirs. Rapidement, les Médocains firent état d’une relation directe entre le sol et la qualité des vins, ce que l’Anglais John Locke alors en visite dans le Médoc en 1677 expliquera dans un de ses ouvrages.
En 1709, le Grand Hiver, le plus rigoureux que « hommes et bêtes aient connu », ravagea entièrement le vignoble. Progressivement, les vignerons le reconstituèrent avec des cépages nobles à petits grains et observèrent que l’alignement des vignes facilitait les soins apportés aux cépages nobles et développait les possibilités de labour à l’attelage. Dans le même temps, les techniques de vinification s’améliorèrent, l’on travailla à la bonne conservation des vins et le lien fut fait entre l’expression du terroir et le choix des cépages.

C’est ainsi que,
dans les premières années
du XVIIIe siècle, le nouveau vin médocain fit son apparition, nommé par les Anglais, principaux importateurs,
le New French Claret.

A partir de 1730, les nouvelles techniques de vinification se généralisèrent. L’ouillage*, le soutirage* et le méchage* ou l’allumette hollandaise permirent de mieux conserver les vins. Les premiers vins* furent séparés des seconds et les méthodes de vieillissement se répandirent dans les chais. Les excellents New French Clarets devinrent des grands crus dans le langage courant et l’on commença à parler de château et de hiérarchie des communes viticoles.


La seconde vie du vignoble médocain
Cet « irrésistible front pionnier viticole1 » fut pourtant brutalement arrêté dans sa course, avec l’arrivée, un siècle plus tard, de l’oïdium, du phylloxéra et du mildiou. Ces grands fléaux dévastèrent les vignobles et il fallut plus d’une trentaine d’années pour voir se reconstituer les vignes médocaines à l’aide des porte-greffes* américains naturellement résistants au phylloxéra. Après une baisse de la production et du prix des exportations en 1880, le vignoble connut un nouvel essor qui le mena à un optimum viticole dès la Belle Époque. Malheureusement, les grandes révoltes vigneronnes de 1907 et 1908 liées à la contrefaçon et à la surproduction freinèrent, une nouvelle fois, la production viticole médocaine. La guerre de 14-18 et la crise des années 30 n’arrangèrent pas la situation. Après la Seconde Guerre mondiale et les gelées de 1956, le vignoble médocain ne dépassait pas 6 000 hectares. Mais à partir des années 60, débuta la formidable renaissance de la viticulture médocaine. La modernisation des exploitations, les progrès de l’œnologie et surtout le travail et la passion des hommes permirent une fabuleuse expansion des surfaces viticoles. En trente ans, les superficies et les récoltes doublèrent, s’accompagnant d’une importante restructuration des domaines. Même si le Médoc viticole n’a pas récupéré sa taille d’avant l’invasion phylloxérique, il est aujourd’hui à la pointe du progrès. Les nombreux investissements financiers contribuent, jour après jour, à réaménager les propriétés, à moderniser les bâtiments et à créer des techniques et des équipements toujours plus perfectionnés. Tout cela dans un but bien précis : faire vivre la viticulture de haute qualité pour que le plaisir ne s’arrête jamais.



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