MOULIS EN MÉDOC
Chargée d’histoire, la petite appellation de Moulis en Médoc laisse dans les cœurs et les palais un souvenir impérissable…

Des moulins et des hommes
Le nom de Moulis a pour origine le nombre important de moulins qui parsemaient, jadis, son territoire. Installés pour la plupart sur les jalles, petites rivières serpentant le territoire à la recherche de l’estuaire et assurant la bonne gestion hydrique des sous-sols viticoles, les moulins avaient trouvé en ces terres un cadre idéal riche d’une nature aussi aride que propice à la future culture de la vigne. Les terres pauvres et froides entrecoupées de quelques marais et offrant les conditions parfaites au développement du seigle, la céréale rustique et majoritaire du « pays », préparaient, secrètement, la naissance d’un terroir viticole de grande qualité. L’histoire nous apprend que l’on venait de loin moudre son grain aux moulins de Moulis et que les habitants des environs aimaient se retrouver lors de ce rituel simple mais indispensable, lors de ces moments conviviaux pendant lesquels le temps semblait marquer une pause. La prédominance des moulins ne pouvait alors faire de Moulis, siècle après siècle, que le joli pays des meuniers.
Puis, au Moyen Age, grâce à quelques propriétaires féodaux et au travail des moines auxquels nous devons probablement le travail hydrique autour des jalles, la vigne apparut et les meuniers devinrent alors vignerons. Une présence vinicole relativement ancienne mais dont la notoriété dut attendre la seconde moitié du xviiie siècle pour se généraliser sous l’influence de la politique de libre-échange de Napoléon III et de l’émergence du concept de qualité. Trop enclavée pour certains, l’AOC Moulis tient surtout une place de choix en plein cœur du Médoc. A la fois, proche et à l’abri des grands passages, Moulis choisit de se faire discrète et cultive ainsi son atmosphère nonchalante et son bon vivre, doucement, simplement.


Terre d’équilibre
Terre de tradition par excellence, Moulis est la plus petite appellation du Médoc. Etroit ruban s’étirant sur 7 km d’est en ouest, cette AOC ne risque cependant pas de se faire oublier.
Sur sa surface réduite, Moulis concentre des terroirs d’exception et jongle savamment avec ses croupes de graves pures, ses sols riches d’argile et ses sous-sols calcaires.  À bonne distance entre la forêt landaise et le fleuve, l’appellation tire un fort avantage de sa situation « continentale ». En effet, privé du brouillard qui s’accroche à l’estuaire, son vignoble présente un état phytosanitaire optimum et ses raisins ne craignent pas la pourriture. Un atout certain quand on sait qu’il écarte définitivement les moisissures du périmètre de l’AOC et qu’il permet des vendanges tardives, synonyme de maturité maximum du fruit et donc de grand vin.

Les cépages >
en moyenne,
proportions identiques de merlot
et de cabernet-sauvignon,
faible présence de petit-verdot,
traces de  cabernet franc
et de malbec



Quelques chiffres clés
Superficie: 610 hectares
(4 % du vignoble médocain)
Production moyenne :
4 millions de bouteilles
Viticulteurs : 53
(10 coopérateurs
et 43 indépendants)


Mémoire de goût
L’équilibre subtil entre finesse et générosité peut se révéler, chez un Moulis, dès les premières années de sa vie. Plus tard, en vieillissant, ces vins offrent toute leur force tannique et dévoilent des notes aromatiques complexes. Structuré, coloré, le Moulis est un « vin de gourmet », puissant tout en restant élégant et harmonieux. Après 7 à 10 années, on dit de ce vin qu’il atteint sa plénitude. Long en bouche, le Moulis envoûte les papilles et laisse son empreinte très personnelle, ce qui le rend un peu plus charmant à chaque gorgée et toujours aussi inoubliable.

La production
Selon le décret du 14 mai 1938, les vins de l’AOC Moulis en Médoc doivent
> Provenir des zones délimitées par le décret.
> Satisfaire à des conditions de production précises : encépagement, minimum de sucre, degré (10,5° acquis), rendement limité (révisé chaque année).

Une si belle légende…
« le pape, on ne sait plus lequel, avait ordonné que l’on construisît deux églises : une à Moulis et l’autre en Italie. L’endroit où l’église serait terminée la première devait recevoir le nom de Rome. Tous se mirent alors au travail. A Moulis, on faisait venir les pierres de Blaye par les gabares. Elles étaient déchargées
à Lamarque puis charroyées jusqu’à Moulis par la vieille route faite par les Romains. Mais les charrettes rentraient tard dans la nuit et souvent certaines
disparaissaient même.
Les gens disaient que c’était Léonard, le mauvais génie de Beychevelle, qui les envoûtait.
Cela bien sûr, retardait l’ouvrage. Cependant, l’église était presque finie, lorsque deux hommes, en sortant de dîner, virent arriver un cavalier. Celui-ci sauta de son cheval écumant et dit : « L’église de Rome est achevée et le pape y a aussitôt dit la messe ». Tout le monde fut consterné. Le diable, sûrement, devait y être pour quelque chose. Voilà pourtant la raison pour laquelle Moulis n’a pas été Rome. »

Alain Viaut.
Récits et contes populaires du Bordelais.
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