SAINT-ESTÈPHE
Quand Horace déclare que « le vin, c’est la vie », il vient, sans le savoir, de définir Saint-Estèphe. Ici, les hommes naissent et meurent vignerons. Ici, la vie des hommes se fond dans celle de leurs vignes.

Entre les hommes et le terroir, une union sacrée
Il y a à Saint-Estèphe, bien plus qu’ailleurs, un lien quasi viscéral entre l’homme et sa terre. Patrie des vignerons, Saint-Estèphe a toujours insufflé aux hommes du coin, l’envie d’entretenir, dans les villages et les hameaux, l’esprit de la tradition paysanne. Ici, on est viticulteur avant d’être propriétaire et on se sent profondément et définitivement vigneron. Cet attachement à la vigne pourrait remonter à l’époque gallo-romaine, période à laquelle la viticulture semble avoir été implantée sur ce territoire. Ce n’est, pourtant, qu’au Moyen-âge, véritable âge d’or de la vigne en Médoc et sous l’impulsion des négociants bordelais, que l’on peut découvrir et apprécier la richesse des vins de Saint-Estèphe. Au xixe siècle, la vigne prospère et les grandes propriétés se multiplient. Une expansion qui ne nuira cependant pas à la petite viticulture indépendante soutenue par la coopération et ses regroupements solidaires.

Sous la terre, un trésor sédimentaire
A mi-chemin entre Bordeaux et la Pointe-de-Grave, Saint-Estèphe se distingue par une grande variété géologique de sols et sous-sols. Au fil des millénaires, se sont superposées de nombreuses couches d’alluvions. Les nappes profondes sont principalement argileuses tandis que la basse terrasse est graveleuse et la haute terrasse, sablo-graveleuse. A l’est de l’appellation, le calcaire marin dit de « Saint-Estèphe » personnalise la région avec ses spécimens de mollusques caractéristiques. A l’ouest, la terre légère et sableuse mêle quartz et grès. Un peu plus au sud, on constate une présence de sous-sols marneux. Une richesse sédimentaire certaine qui explique la diversité des paysages et les différents coloris de sols. Profitant il y a 10 000 ans, d’une érosion fluviale importante, le territoire de Saint-Estèphe a été fortement disséqué. Il offre, aujourd’hui, un modelé de croupes tout en relief et très bien drainé. Responsables de la sécheresse relative des terres et du profond enracinement de la vigne, les pentes de ce modelé sont une promesse de grands vins.
Les cépages >
fort pourcentage
de cabernet-sauvignon,
présence importante de merlot,
faible quantité de cabernet franc
et petit verdot.



Quelques chiffres clés
Superficie: 1 214 hectares
(7,5 % du vignoble médocain)
Production moyenne :
8,7 millions de bouteilles
Viticulteurs : 136
(80 coopérateurs
et 56 indépendants)





Dans les verres, une alchimie secrète
On ne peut pas, vraisemblablement, parler d’un type unique de Saint-Estèphe tant la très grande diversité de son sous-sol est importante. La variété des climats et des terres exprime différemment le vin de l’AOC créant ainsi des Saint-Estèphe aux nuances multiples. Sur ce vin, on a déjà dit tout et son contraire, chacun commentant selon ses goûts et ses expériences.
S’il fallait cependant donner les grandes lignes de sa personnalité, on pourrait dire que le Saint-Estèphe est un vin tannique, puissant et sombre auquel l’âge apporte rondeur, fruité et finesse. Comme si la force de la jeunesse rencontrait, en vieillissant, la douceur de la sagesse qui année après année, s’emploierait à guider le vin de Saint-Estèphe sur les traces d’un équilibre harmonieux comparable à une apaisante sérénité. Marqué par un sous-sol plus argileux, le vin de Saint-Estèphe séduit de nombreux amateurs par son caractère typé et régale les sens par son bouquet élégant et complexe patiemment révélé avec le temps.

La production
Selon le décret du 11 septembre 1936, les vins de l’AOC Saint-Estèphe doivent
> provenir de la commune de Saint-Estèphe « à l’exclusion des parcelles de ce territoire reposant sur alluvions modernes et sables, sur sous-sols imperméables »
> satisfaire à des conditions précises : encépagement, minimum de sucre, degré (10,5° acquis), rendement limité (révisé chaque année).

La terre en héritage
«… Te voilà donc avec une belle fortune acquise par mes soins et mes privations ; mais prends garde, elle peut t’échapper. Cette fortune est presque toute en vignobles. Elle ne sera rien et te ruinera en dépenses, si tu ne les
cultives pas avec grand soin, j’ajoute même avec plaisir. Ainsi, si tu te fais un état et un honneur d’être agriculteur et
d’aimer véritablement l’agriculture, tu connaîtras que les vraies richesses et les plus grandes richesses sont dans les biens de campagne, surtout dans ceux que tu posséderas ; que de les cultiver, c’est l’occupation la plus noble, la plus satisfaisante, la plus utile et la plus digne de l’honnête homme… »

Texte de 1806 extrait du testament
d’un viticulteur de Saint-Estèphe
à l’attention de son fils.



 
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