TERROIR ET CÉPAGES
Pour comprendre le Médoc, il faut percer 3 secrets.
3 mystères qui, une fois élucidés, permettent de connaître un peu de la vérité du vignoble médocain dont le visage, à demi caché, révèle difficilement l’essence même de son existence. Patiemment, le ciel s’éclaire, le sol parle et l’on finit par apprendre pourquoi cette région viticole est, sans aucun doute, l’une des plus prestigieuses au monde.

Respecter la richesse de sa terre, prendre ce que généreusement elle donne
Créé par les eaux, le Médoc est un pays entièrement sédimentaire. Il y a quelque 50 millions d’années, le bassin aquitain n’était qu’une vaste mer tropicale. Au fil du temps, le brassage des eaux draina un nombre considérable de dépôts sédimentaires qui forma, par accumulation, la terre du Médoc.

À partir de la fin du Tertiaire et du début de l’ère Quaternaire, se succédèrent glaciations et périodes tempérées.
Après chaque période glaciaire, se produisit un réchauffement climatique qui provoqua une fonte des glaces et libéra d’importantes masses d’eau. Ces eaux entraînèrent avec elles tous les sédiments présents depuis des millénaires dans les profondeurs. Sables, graviers, argiles, galets et cailloux se répandirent alors en nappes et formèrent ce qu’on appelle les graves.
Ainsi, durant près de deux millions d’années, ces fameuses nappes sédimentaires graveleuses se déposèrent sur le support calcaire tertiaire, vestige des mers tropicales du passé. Les plus anciennes sont les graves pyrénéennes de la haute terrasse qui aujourd’hui se trouvent principalement sur la partie ouest du vignoble médocain. Plutôt blanches, elles sont constituées de dragées de quartz et de petits galets roulés et drainés par un fleuve à méandres coulant depuis le massif pyrénéen. Elles furent rejointes, au cours du dernier million d’années du Quaternaire, par les graves garonnaises. Composées de sédiments plus grossiers, ces nappes de graves glaciaires mêlent quartz, grès, silex, lydiennes volcaniques, meulières, sable et argile. Amenés par les crues puissantes de la Garonne et de la Dordogne, ces sédiments proviennent, en amont, de la fonte des glaciers des Pyrénées et du Massif central qui gonfla et « boosta » ces deux fleuves lors des étés de débâcle glaciaire. Principalement installées le long de l’estuaire, ces graves garonnaises, plus massives, blanches, noires ou brunes, sont réputées pour donner naissance aux plus grands crus du Médoc.

Ces graves se divisent en quatre nappes conçues à différentes époques et se distinguent par leur altitude décroissante. Relativement rare en Médoc viticole, la plus ancienne fut déposée à la fin de la glaciation de Günz et constitue de nos jours la terrasse la plus élevée. Vinrent ensuite les deux épandages de graves du Mindel qui composent les moyennes terrasses, les plus importantes et situées le plus souvent en bordure de la Garonne. Enfin, quelques graves de l’époque du Riss furent épargnées par le creusement du fleuve actuel. Aux côtés des petites et grosses graves, comme l’on disait d’antan, cohabitent des sols calcaires et argilo-calcaires, également propices à la culture de la vigne. À chaque période, à chaque distribution sédimentaire, la nature a alors façonné le territoire ou plus exactement les territoires de Médoc en leur attribuant une histoire géologique différente. Les vignes n’ont eu qu’à puiser dans ce fabuleux trésor pour donner naissance à des crus aux personnalités et aux qualités distinctes et exceptionnelles.




Durant tout ce temps, la constitution des nappes de graves n’a pas été l’unique cadeau fait par Dame Nature aux Médocains. Le territoire a aussi vu les belles et hautes terrasses formées par les nappes se fendre et se creuser sous l’influence de l’érosion et des mouvements tectoniques. Érodées par les eaux, bousculées par les tremblements sismiques, brisées par les fortes poussées des Pyrénées et l’élévation du plateau charentais, les terres de graves devinrent des croupes de graves bien dessinées, formidables sols en bosses et en creux au rôle indispensable pour évacuer les eaux de fond et de surface.
En effet, ce tapis de graves sculpté, qui domine encore aujourd’hui les terres basses et les petites vallées, possède un système de pentes « légères » particulièrement favorables au drainage. L’eau, ainsi parfaitement écoulée, nourrit les vignes sans excès et laisse les sols bien au sec. Ce modelé de croupes graveleuses, véritable don du ciel pour les ceps, est le terrain de prédilection du vignoble médocain. Il est la garantie de la qualité et de la typicité des vins du Médoc.

Respecter les lois du climat, profiter de ce que le ciel et la mer offrent

Située au sud-ouest de la France, entre l’océan Atlantique et l’estuaire de la Gironde, la péninsule médocaine est traversée par le 45e parallèle, ce qui explique en partie son climat tempéré favorable à la vigne.
Plutôt chaud et humide, jouissant d’un ensoleillement régulier, le Médoc profite surtout pleinement du doux brassage des vents. Les vents océaniques relativement forts sont ralentis par le massif forestier qui laisse passer, à travers les pins et jusqu’aux vignes, quelques courants d’air propices à la lente maturation des baies de raisin. Ces vents, mélangés à ceux de l’estuaire, créent de bonnes circulations d’air qui protègent les vignobles des gelées tardives du printemps et des maladies cryptogamiques (affections causées par des champignons microscopiques) dont le développement est en général facilité durant les étés pluvieux. Mais l’originalité du Médoc réside bien évidemment dans sa situation privilégiée entre les deux mers que sont d’un côté l’océan et de l’autre l’estuaire. Ces deux masses d’eau jouent un rôle considérable dans la régulation thermique dont bénéficie la presqu’île médocaine. Mieux que d’un seul et unique climat propice, le Médoc jouit de nombreuses variations climatiques et de différents microclimats. Chaque variation conditionnant le style des millésimes, il est important d’obtenir sur une année des conditions optimales à chaque stade d’évolution de la plante, du bourgeonnement jusqu’aux vendanges. En général, les pluies, mêmes fortes et fréquentes, se répartissent entre l’automne et le printemps, période sans incidence pour la vigne qui ne porte pas encore ses fruits. Statistiquement, on peut également ajouter que l’été médocain est plutôt chaud et peu arrosé, facilitant ainsi la naissance des grands millésimes, toujours issus d’étés chauds et secs.

Outre les variations, le Médoc bénéficie de microclimats particuliers lui permettant d’offrir aux terres des différentes AOC tout un panel de possibilités en terme d’encépagement, de vendange et de viticulture en général.

On constate, par exemple, qu’il fait plus chaud, en moyenne, à Margaux, ce qui sous-entend une maturité des raisins plus rapide, donc des vendanges à faire plus tôt. De la même manière, plus on monte vers le nord, plus il y fait frais et plus on vendangera tard. On observe également qu’à partir de Saint-Estèphe, le petit verdot est très peu présent. Une des raisons de cette absence est qu’il y fait trop froid pour ce cépage généralement tardif à la naissance des bourgeons comme à la vendange. Quant au merlot et au cabernetsauvignon, ils s’accommodent facilement de climats plus frais. Ainsi, les lois du climat médocain ont une influence certaine sur la culture de la vigne en Médoc

Respecter la nature du cépage, exprimer ce qu’il a de plus intense à révéler
Au cours du premier siècle de notre ère, les Bituriges importèrent un cépage méditerranéen, la biturica, qui s’acclimata sous nos cieux pour probablement devenir l’ancêtre de la famille des cabernets. Dès le xviiie siècle, l’on commença à parler de « petite vidure », le cabernet franc, de « grosse vidure », le cabernet- sauvignon, de carmenère, de malbec et des diverses variétés de verdot. Le merlot tardera à se faire connaître et devra attendre le milieu du xixe siècle pour se faire un nom.
La grande particularité des vins médocains est qu’ils sont issus de l’assemblage de tous ces cépages. De leur union, naissent la richesse de la gamme, l’excellence des millésimes et la multiplication des plaisirs gustatifs.
Pour parvenir à exprimer l’essence de chaque cépage, il faut patiemment l’écouter et le regarder se dévoiler. Il faut alors comprendre son « cheminement ».
Le cabernet-sauvignon occupe la première place dans l’encépagement du Médoc. Particulièrement adapté au sol graveleux, ce cépage produit un vin plein de finesse et de bouquet doté d’un fort pouvoir de conservation. Très résistant à la sécheresse grâce à son enracinement profond, c’est lui qui apporte toute la complexité aux vins du Médoc. Le cabernet-sauvignon a besoin de terres sèches et parfaitement drainées dans lesquelles il va puiser en profondeur les éléments nécessaires à la production des tanins, antioxydants aux vertus reconnues par la médecine depuis l’Antiquité.
On demande au merlot d’amener la rondeur, le fruit, la fraîcheur et le moelleux à l’assemblage. Les vins qu’il produit sont moins aptes au vieillissement que ceux offerts par le cabernet-sauvignon car ses racines restent plus superficielles. Présent en grande quantité dans les terres médocaines, il s’épanouit facilement sur des terroirs argilo-calcaires comme sur des graves.
Le cabernet franc, en plus faible proportion de nos jours que par le passé sur les parcelles médocaines, préfère généralement les sols argileux et offre au vin une couleur claire et éclatante ainsi qu’un bouquet très riche.
Le petit verdot, au doux parfum de violette et cultivé en petites quantités, donne le « nerf » au vin médocain. Il lui apporte une belle couleur, de la teneur en alcool et le dynamise d’une pointe d’acidité.
Le malbec et la carmenère sont deux cépages dits « d’assortiment ». Très faiblement utilisés, ces cépages apportent, en général, de bonnes qualités complémentaires.



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